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La bague cocktail, le bijou de l’excès

La période de la Prohibition engendre aux Etats-Unis excès et débauche notamment dans les recoins de bars clandestins. Ces soirées donnent naissance aux cocktails et aux bijoux qui s’y rattachent. Retour sur la naissance illégale d’un terme qui deviendra aussi universel que joaillier. L’article original a été publié dans l’édition de avril 2017 de La Série Limitée des Echos.

Auteur Par Eleonor picciotto

Lorsque les Etats Unis proclament le décret du 18è amendement le 29 janvier 1919 interdisant toute production ou vente d’alcool, l’Amérique apprendra à son insu qu’interdire quelque chose ne fera qu’augmenter le désir d’obtention. Pour ainsi dire, 1920 marque le début de la Prohibition, une décennie faite d’excès, à commencer par la naissance des Speakeasy – ces bars clandestins dont les propriétaires demandaient à leurs clients de parler doucement lorsqu’ils demandaient de l’alcool (en anglais speak easy = parlez doucement). Arrive alors l’émancipation des femmes où The Flapper voit le jour. Un terme qui définit la femme garçonne qui a du style. Elle ose le maquillage, les jupes courtes ou les franges ; écoute du jazz, fume et boit de l’alcool. Une vraie femme actuelle !

Pendant la prohibition, l’alcool de contrebande, souvent bon marché est imbuvable. La seule solution est  de le mélanger à d’autres substances pour en faire une boisson probable. Le nom cocktail devient alors une appellation universelle. Cette culture de cocktail underground était le rêve absolu de toutes ces femmes d’y participer. Pour les plus introduites, deux règles devaient être respectées. La première consistait à un verre d’alcool entre les mains en tout temps. La seconde faisait en sorte que tout le monde devait voir que cette boisson illicite était tenue par des doigts agiles. Les femmes souvent plus malicieuses que les hommes, s’empressent alors de sublimer leurs doigts d’imposantes bagues bien voyantes. Comme un signe de rébellion, The Flapper arbore fièrement ses bagues aux pierres XXL, porte des tiares, et accumule les bracelets sur ses deux poignets. Marquant un signe d’indépendance : plus c’est voyant, meilleur c’est. La bague dite cocktail voit le jour comme l’accessoire féminin ultime démontrant excès et opulence.

Photo : Bague cocktail
Bague cocktail

CHANGEMENT DE STATUT

Les années passent sans que les bijoux ne lassent. Le style art déco d’après-guerre persiste. Jusqu’en 1960, la bague cocktail reste l’élément vestimentaire essentiel qui accompagne les femmes invitées à tout événement mondain. Principalement montées sur platine et serties de large cabochons de pierres colorées comme une aigue-marine, une citrine ou une turquoise ne pesant pas moins de 3 carats sont rehaussés d’un pavage de diamants ou de pierres de couleur. Le géant Américain David Yurman ou Fred et ses bagues pain de sucre excellent en la matière. Cependant, cette tendance perd de sa splendeur pendant vingt ans pour revenir en force dans les années 1980, encore plus grosses, plus colorées et plus visibles. De Bvlgari à Buccellati les joailliers prennent le pas, et imaginent des lignes « cocktail » faisant tutoyer pierres précieuses et semi-précieuses respectant les ADN maison. Piaget étudie la bague cocktail jusqu’à son paroxysme proposant une collection de bagues intitulée Limelight Inspiration Cocktail sertissant par exemple une tourmaline de 24.57 carats d’une tranche de citron faite d’une citrine de 3 carats pour le modèle Mojito.

Aujourd’hui, les bagues cocktails se trouvent sous toutes les formes avec une forte tendance pour les animaux, les fleurs ou tout élément en rapport à la nature. En fonction des pierres de centre, on en trouve à tous les prix et pour tous les styles mais surtout pour tous les doigts excepté l’annulaire de la main gauche réservée à la bague de fiançailles et à l’alliance.

Mais cette règle est hypothétique car si on demandait à Coco Chanel, icône incontestée connue pour se moquer des préjugés, elle nous répondrait que la French Flapper qu’elle est, fait simplement ce qu’elle veut.

Esprit de contradiction oblige, ne jamais sous-estimer une femme!

David Yurman - Bague Albion
David Yurman – Bague Albion
Fred - Bague "Pain de sucre" interchangeable
Fred – Bague « Pain de sucre » interchangeable
Bulgari - Bague Cocktail edition limitée
Bulgari – Bague Cocktail edition limitée
Buccellati - Bague Cocktail
Buccellati – Bague Cocktail
Piaget - Bague Cocktail inspiration "Limelight"
Piaget – Bague Cocktail inspiration « Limelight »